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Permis de conduire : un examen qui fait aujourd’hui du citoyen un conducteur responsable ?

être un conducteur responsable
Permis de conduire : un examen qui fait aujourd’hui du citoyen un conducteur responsable ?

Le permis de conduire est un investissement pour l’avenir. Mais il y a conduire, et se bien conduire… Au-delà du fait de galérer (ou pas) pour passer (et surtout repasser en cas d’échec) son permis de conduire, il faut aussi avoir en tête que l’habit ne fait pas le moine… autrement dit qu’être titulaire du permis ne fait pas forcément d’un conducteur un « bon conducteur », notamment celui qui va s’efforcer à appliquer les règles apprises pendant sa formation. Dans mon livre « Permis de galérer », je raconte les difficultés que j’ai rencontrées, comme beaucoup encore, pour passer mon permis de conduire, mais j’ai pu également constater et mesurer non sans effroi à quel point, lors de mon apprentissage, les automobilistes enfreignaient sans complexes les règles du code de la route, manquaient terriblement de courtoisie, et n’hésitaient pas à user de leur « supériorité » à grands renforts de klaxons, de refus de priorité ou de queues de poisson.

Il arrive en effet que des candidats doués ou moins doués pour la conduite prennent l’examen comme un bachotage destiné à séduire l’inspecteur à l’instant T et considèrent ensuite qu’ils peuvent s’asseoir sur le code de la route. Et avoir leur permis n’empêche malheureusement pas certains de se tuer ou de tuer sur les routes quelques semaines voire quelques jours plus tard. Un fait de ce genre m’a déjà été relaté par un enseignant de la conduite, celle d’un jeune de la région qui s’était tué sur la route en état d’alcoolémie quelques jours après avoir passé son permis pour en fêter…son obtention.

Or, le problème est complexe, car la responsabilité collective que nous avons sur la route est une question d’éducation et de prise de conscience des jeunes, mais aussi souvent des adultes, qui pour certains ont passé leur permis il y a longtemps dans des conditions et un environnement bien différents d’aujourd’hui (et si les adultes enfreignent impunément le code de la route, comment les jeunes peuvent-ils avoir le bon exemple ?).

La route, ce lieu de transgression et de pulsions, avec la voiture dans le rôle du jouet

Il faut le reconnaître, conduire rend beaucoup de personnes différentes de leur comportement habituel lorsqu’elles ne sont pas sur la route. Les « symptômes » ? Agressivité, irrespect, esprit de compétition, sentiment d’être supérieur aux autres et d’invincibilité… À croire que l’habitacle de la voiture symbolise une certaine « virilité » et la route le territoire à défendre… La jungle n’est parfois pas bien loin… D’autant que les femmes sont relativement moins concernées que les hommes par la délinquance routière puisque, entre autres, 92 % des permis suspendus appartiennent à des hommes, que 3 conducteurs responsables d’accidents corporels sur 4 sont des hommes et que la proportion monte à 90 % quant il s’agit d’accidents dus à l’alcoolémie.

On oublie souvent que le permis de conduire n’est pas une médaille qui honore un bon conducteur, mais une « simple » autorisation administrative de rouler… et donc qu’en ne respectant pas les règles du code de la route apprises pendant le permis, cette autorisation peut être momentanément retirée (toutefois pas à vie comme cela peut exister dans certains cas précis comme en Angleterre, en Belgique ou en Suisse).

Estimer la cote auto pour vendre sa voiture

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Interrogés lors de stages de récupération de points à l’image du film documentaire « Tout est permis » réalisé par Coline Serreau, de nombreux infractionnistes évoquent le plaisir non dissimulé que leur procurent la conduite de grosses voitures, les vibrations de leurs accélérations… On en viendrait presque à assimiler cette conduite à un plaisir érotique et la voiture à un « jouet pour adultes ». Or, à partir du moment où il y a partage sur la route avec d’autres conducteurs et dommage corporel potentiel pour l’autre, comment parler de notion de plaisir sans prendre la route pour un terrain de jeu ? Le plaisir ne devrait-il pas plutôt se trouver « au pieu ou sur un circuit » ?, dixit l’un des intervenants dans ledit documentaire.

De la nécessité de plus de pédagogie et de sensibilisation à la sécurité routière pour les jeunes…

Même si de nos jours les enfants sont plus au courant que les générations passées des dangers de la route, il reste un travail important à fournir (notamment au passage à l’adolescence) pour savoir appréhender un trafic sans cesse plus dense et une signalétique envahissante. Ne s’agit pas de culpabiliser mais bien de responsabiliser sur le long terme, et d’éveiller les consciences en faisant COMPRENDRE la fragilité de la vie de chacun sur la route. Pour cela, deux préjugés méritent d’être particulièrement démentis et intégrés dès le plus jeune âge :

  • « Cela n’arrive qu’aux autres ».
  • « Tout va bien donc il n’y a aucun danger » (car on prend alors trop facilement des risques sans s’en rendre compte, et il n’y a pas de danger…jusqu’au moment où c’est trop tard).

En effet, à l’heure où beaucoup de jeunes baignent dans le virtuel des jeux vidéo, il est capital de sensibiliser toujours plus les conducteurs et futurs conducteurs aux règles ainsi qu’à l’anticipation des risques bien réels qui ne donnent pas droit à une deuxième chance, à une deuxième vie comme sur les écrans (je respecte les règles, mais je dois aussi être aux aguets car d’autres peuvent éventuellement ne pas les respecter).

Et que dire de ces « détails » de conduite qui « ne prêtent pas à conséquence », que ce soit en tant qu’automobiliste, cycliste, motard, ou piéton ? Cyclistes qui passent systématiquement au rouge sans panneau « tourne-à-droite » (ou alors avec mais sans céder le passage aux piétons…), piétons qui ne se soucient pas de la couleur du bonhomme, véhicules qui accélèrent automatiquement au feu orange, clignotants en option, feux défaillants, obstination à coller au train la voiture de devant qui respecte les limites de vitesse… Les bonnes vieilles problématiques de la ceinture, de la vitesse (tout en sachant qu’un excès de lenteur peut être dangereux dans certaines circonstances comme sur l’autoroute) et de la drogue sont bien sûr toujours d’actualité, tout comme l’alcool (vanté toujours plus dans les séduisantes campagnes d’affichage et de magazines), et le téléphone et Internet…sur les téléphones (selfies, réseaux communautaires…).

Question éducation à l’échelle parentale et scolaire, il serait également ô combien salutaire de dévaloriser auprès des plus jeunes ces fausses images associées à la virilité que sont la loi du plus fort, la vitesse à tout prix, ou la vantardise. Car ces « valeurs » sont encore tenaces et malheureusement encore encouragées dans notre société…

…Mais aussi pour les adultes

De nombreuses personnes confondent encore avoir de bonnes manières (en dehors de la route), voire être d’un milieu social aisé, avec « être un bon conducteur », alors qu’on peut avoir l’air « bien sous tous rapports » hors d’un véhicule et devenir un hors-la-loi et un tueur en puissance avec un volant ou un guidon entre les mains. Nier sa responsabilité n’est-il pas le contraire d’un comportement adulte ? Pourquoi beaucoup de conducteurs refusent-ils d’admettre leurs torts dès lors qu’ils ont enclenché le contact d’un véhicule, et préfèrent prétexter pris la main dans le sac : « je n’ai pas eu de chance » ou « c’est pas moi, c’est les autres » ? Pourquoi refusent-ils de croire qu’ils ne sont pas exempts de défaillances lorsqu’on leur relate un accident en se targuant d’un « cette personne ne sait pas bien conduire, moi ça ne m’arrivera jamais » ?

infographie homme contre femme au volant sur la route

La complexité de la prise de conscience réside aussi dans le fait qu’il est possible de se comporter mal sur les routes pendant longtemps sans avoir d’accidents, et cela renforce alors l’idée qu’on ne court finalement aucun danger. Dans cette optique, le seul risque que certains prennent en compte est celui de la sanction, pas de l’accident.

Ce qui est dommage, car les enfants apprennent de leurs parents, ces adultes qui sont leur référence dès le plus jeune âge. Toutefois, les enfants peuvent être amenés volontiers à critiquer les écarts de leurs parents sur la route. Une expérience parmi d’autres a pu être menée à Barcelone dans une école* où des policiers sont venus expliquer aux élèves les dangers de la route, les invitant ensuite à rédiger chacun une lettre à leurs parents sur la façon dont ils perçoivent leur conduite… ce qui n’a pas manqué d’émouvoir les concernés qui prenaient enfin conscience du risque qu’ils faisaient courir aux êtres qui leurs sont le plus cher…

Quelles mesures pédagogiques concrètes pour les jeunes et les candidats ?

Bien sûr le risque zéro n’existe pas (on pensera surtout à l’inattention qui peut frapper chaque conducteur, notamment lors de trajets habituels connus par coeur), et certains manquements peuvent aussi être explicables par des facteurs liés à une signalétique routière parfois défaillante ou un mauvais état de la chaussée, comme cela a largement été évoqué depuis quelques années : limitations de vitesse non justifiées à certains endroits, indications contraires à la réalité, panneaux mal positionnés… Gilles de Robien, ministre des transports de 2002 à 2005, regrette à ce propos de n’avoir pu mener à terme ce projet d’étude de la signalétique routière : « malgré le travail de titan effectué par les DDE, je n’ai pas pu obtenir l’étude sur la signalétique routière. Il y a une justesse de la bonne vitesse au bon endroit qu’il faudrait absolument répertorier et corriger ». Reste à savoir quand ce projet sera éventuellement repris…

Certes, nous sommes aujourd’hui heureusement loin des 18.000 morts sur la route de 1972 avec 3.268 victimes pour 2013… Mais même si on ne peut que se réjouir des progrès toujours plus grands de la voiture autonome (Volvo parle d’objectif zéro victime à bord de leurs véhicules en 2020 et les analystes auto du cabinet d’audit PwC prévoient qu’à terme, 90 % des accidents liés au trafic seront évités grâce à la voiture intelligente), ils ne doivent pas déresponsabiliser le conducteur, pour faire de la route un espace toujours plus sûr (surtout si l’on garde à l’esprit que l’informatique et l’électronique ne sont pas non plus infaillibles). Les évaluations du continuum éducatif au primaire, collège et lycée sont un premier pas mais sans doute la pédagogie mériterait-elle d’être renforcée pour le public concerné, c’est-à-dire celui qui se prépare à passer le permis.

Pour cela, l’éducation compte énormément, mais aussi la formation reçue par l’enseignant en conduite, encore aujourd’hui trop inégale… Pour sensibiliser toujours plus les jeunes, sans doute faut-il les impliquer plus concrètement dans leur part de responsabilité actuelle ou future. Pourquoi par exemple ne pas faire lire à grande échelle le livre de Bertrand Parent « Un jour sur la route j’ai tué un homme » dans les lycées ou les auto-écoles, afin de sensibiliser tous les futurs conducteurs ?

évolution nombre de mort sur les routes

Source Sécurité routière

Pourquoi ne pas envisager pour certains futurs conducteurs qui présenteraient des tendances à la transgression, une sorte de stage ou de complément de formation inspiré des stages de sécurité routière et de ceux de récupération de points ? Ce genre de stage pourrait être dispensé par des auto-écoles ou des organismes de formation à la sécurité routière avec pour but d’exercer sur circuit le candidat risque-tout en le confrontant à des situations d’urgence comme la perte d’adhérence ou la conduite sous l’emprise d’alcool, le faire participer à des ateliers de démonstration de crash tests, à des exercices avec un réflexomètre, ou d’autres expériences qui mobilisent deux tâches à la fois pour illustrer la fragilité de l’attention… En tant que cartésiens invétérés, certains conducteurs français de mauvaise foi réagissent encore selon le principe de saint Thomas qui ne croit que ce qu’il voit, et n’admettent l’évidence qu’en l’expérimentant eux-mêmes… Et force est de constater que certains conducteurs n’ouvrent les yeux justement qu’en se rendant dans un stage de récupération de points…ou lorsque l’irréparable est commis. Rémy Heitz, délégué interministériel à la sécurité routière du gouvernement de 2003 à 2006 avait probablement vu juste en déclarant : « il y a un devoir de répétition et de pédagogie et la France n’a pas la maturité collective que l’on trouve par exemple en Grande-Bretagne où le sujet fait l’objet depuis toujours d’un consensus politique ». C’est ainsi qu’en France on assiste à des pics de mobilisation pour la sécurité routière. Car à l’heure actuelle, les seules diapositives en salle de code, certainement trop scolaires pour être prises au sérieux à leur juste valeur, si elles sont suffisantes pour obtenir le code de la route, le sont-elles assez en matière de pédagogie pour éveiller les consciences ?

*faits extraits du livre de Bertrand Parent « Un jour sur la route j’ai tué un homme ».

Ecrit par Nina Belile, auteur du livre Permis de galérer

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